Guide stratégique pour les indépendants et dirigeants de TPE
La création d’une holding est souvent présentée comme une étape “logique” dès que l’activité d’un indépendant se développe. Optimisation fiscale, remontée de dividendes, investissements, structuration patrimoniale : les promesses sont nombreuses… et parfois exagérées.
En réalité, créer une holding n’est ni une évidence ni une obligation. C’est un choix structurant, qui peut s’avérer très pertinent dans certains cas, et contre-productif dans d’autres. Le vrai sujet n’est donc pas “est-ce que je peux créer une holding ?”, mais “est-ce que j’ai de bonnes raisons objectives de le faire ?”
Cet article te propose une grille de lecture claire, basée sur 3 critères objectifs, pour déterminer si la création d’une holding a du sens pour toi, en tant qu’indépendant.
Qu’est-ce qu’une holding (et ce que ce n’est pas)
Une holding est une société dont l’objet principal est de détenir des participations dans une ou plusieurs autres sociétés (les filiales). Elle n’est pas, par nature, un outil d’optimisation automatique.
Contrairement à une idée répandue :
- une holding ne crée pas de richesse par magie,
- elle ne réduit pas mécaniquement les impôts,
- elle n’est pas adaptée à toutes les situations.
La holding est avant tout un outil d’organisation et de circulation des flux, au service d’une stratégie d’entreprise et patrimoniale. Sans stratégie claire, elle devient une couche de complexité supplémentaire.
Pourquoi la question de la holding se pose chez les indépendants
Chez les indépendants, la holding apparaît souvent à un moment précis :
- l’activité devient rentable,
- la trésorerie s’accumule,
- les projets se multiplient (investissements, diversification, croissance),
- la fiscalité commence à peser.
C’est généralement à ce stade que la question “faut-il créer une holding ?” se pose. Pour y répondre correctement, il faut sortir du discours générique et s’appuyer sur des critères concrets et mesurables.
Critère n°1 : une capacité réelle à générer de la trésorerie excédentaire
Le premier critère, et sans doute le plus important, est la capacité de l’activité opérationnelle à générer de la trésorerie durablement excédentaire.
Créer une holding n’a de sens que si :
- la société opérationnelle couvre largement ses besoins,
- la trésorerie excédentaire n’est pas nécessaire au fonctionnement courant,
- cette trésorerie est appelée à se répéter dans le temps.
Si l’entreprise utilise encore sa trésorerie pour :
- absorber des variations d’activité,
- financer son développement,
- sécuriser sa structure,
alors la holding est prématurée. Dans ce cas, elle ne fait que déplacer un problème sans le résoudre.
Une holding est pertinente quand la question n’est plus “comment sécuriser l’exploitation”, mais “comment utiliser intelligemment l’excédent”.
Critère n°2 : des projets clairs d’investissement ou de structuration
Le deuxième critère objectif concerne l’utilité concrète de la holding.
Créer une holding sans projet précis est une erreur fréquente. Une holding pertinente répond toujours à une intention claire, par exemple :
- investir dans d’autres sociétés,
- acquérir des actifs professionnels ou patrimoniaux,
- structurer une croissance externe,
- organiser une détention multi-activités.
Si la holding n’a pas de rôle identifié, elle devient une coquille vide, générant :
- des coûts supplémentaires,
- des obligations juridiques et comptables,
- une complexité inutile.
La bonne question n’est pas “est-ce fiscalement intéressant ?”, mais “à quoi va servir la holding concrètement dans les 24 à 36 mois ?”
Critère n°3 : une vision patrimoniale et entrepreneuriale à moyen-long terme
Le troisième critère est souvent négligé, alors qu’il est déterminant : la vision dans le temps.
Créer une holding est un choix qui engage :
- la structure juridique,
- la gouvernance,
- la circulation de l’argent,
- la relation entre l’entreprise et le patrimoine personnel.
Une holding prend tout son sens lorsque l’indépendant se projette sur :
- plusieurs activités,
- une transmission future,
- une structuration patrimoniale avancée,
- une logique de groupe, même à petite échelle.
À l’inverse, si l’objectif est uniquement de :
- se verser plus d’argent à court terme,
- réduire ponctuellement l’impôt,
la holding est rarement la bonne réponse. Elle fige des choix qui doivent être assumés dans la durée.
Les faux bons arguments en faveur de la holding
Certaines raisons reviennent souvent pour justifier la création d’une holding… sans être suffisantes.
“Tout le monde le fait” n’est pas un critère.
“Mon ami a une holding” n’est pas une stratégie.
“C’est plus optimisé fiscalement” est une affirmation incomplète.
La fiscalité est un paramètre, jamais un moteur unique. Une holding mal alignée peut coûter plus cher qu’elle ne rapporte, en temps, en argent et en flexibilité.
Les coûts et contraintes à intégrer avant de créer une holding
Créer une holding implique :
- des frais de création,
- une comptabilité supplémentaire,
- des obligations juridiques récurrentes,
- une gestion plus complexe des flux.
Ces contraintes sont acceptables si la holding joue un rôle structurant. Elles deviennent pénalisantes si elle est créée trop tôt ou sans objectif clair.
Un bon indicateur : si tu ne peux pas expliquer en une phrase simple le rôle précis de ta future holding, c’est probablement que le projet n’est pas mûr.
Holding et indépendants : une question de maturité, pas de taille
Contrairement à une idée reçue, la holding n’est pas réservée aux grandes entreprises. Mais elle est réservée aux situations matures.
Ce n’est pas le chiffre d’affaires qui compte, mais :
- la stabilité de l’activité,
- la visibilité sur les flux,
- la capacité à se projeter.
Un indépendant peut parfaitement avoir intérêt à créer une holding tôt… ou jamais. Tout dépend de l’alignement avec ses objectifs.
Faut-il créer une holding ?
La réponse ne dépend ni d’une mode, ni d’un seuil magique, ni d’une promesse d’optimisation.
La création d’une holding devient pertinente lorsque trois critères objectifs sont réunis :
- une trésorerie excédentaire récurrente,
- des projets concrets à financer ou structurer,
- une vision entrepreneuriale et patrimoniale à moyen-long terme.
En dehors de ce cadre, la holding est souvent une fausse bonne idée. Dans ce cadre, elle devient un outil puissant, au service de la clarté, de la structuration et de la liberté de décision.
La vraie question n’est donc pas “puis-je créer une holding ?”, mais :
“suis-je aujourd’hui au bon moment pour en faire un véritable levier stratégique ?”